HoN – septembre 2018

Silence et poussière dans les collines… La cinquième mission Human origins in Namibia se déroule dans des Aha Hills aux paysages cette fois-ci surprenants par la sensation d’absence de vie. Avec la sécheresse de ce début de printemps austral, le Kalahari porte bien son qualificatif de « désert ». La nature est silencieuse et apparaît étrangement morte. Les animaux qui le peuvent sont partis vers l’accueillant Okavango et ceux qui sont restés se terrent, s’enterrent même, tels ces petits orvets découverts en fouillant le paléokarst. Seules les abeilles et les moucherons semblent être restés, comme pour attendre les réserves d’eau de l’équipe. Les nuits sont sans bruit, uniquement animées en fin de mission par des orages secs mais violents. Même les oiseaux, mis à part quelques rares « banana birds », ces petits toucans peu farouches, semblent avoir fuis la sécheresse.

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Cependant l’équipe est à nouveau là, aux confins nord-est de la Namibie, proches de la frontière avec le Botswana. Cette première mission de 2018 est dédiée à un objectif principal, décidé dès la fin de la mission précédente : terminer l’évaluation du paléokarst découvert en 2016 et testé en 2017. Il faut être sûr de ce que renferme cette ancienne grotte, voir ce qu’elle a dans le ventre…

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MJARRY_09_2018 (67)Il faut alors partir, comme d’habitude dans les Aha Hills, en autonomie totale et implanter un campement au plus près du paléokarst afin de ménager des marches d’approche les plus courtes possible les matins et soirs.

 

MJARRY_09_2018 (63)La mission sera brève, moins de deux semaines, il ne faut pas perdre de temps. La préparation logistique doit donc être faite le plus rapidement possible pour ensuite foncer dans les Aha Hills. Ainsi, arrivée le 19 septembre à Windhoek via Johannesburg en Afrique du Sud, l’équipe règle au pas de charge les questions d’intendances. Elle remplit la voiture et la remorque d’eau potable (350 l), d’eau non potable (400 l) et de vivres puis quitte au plus vite la capitale par la route du nord. Elle arrive tard le soir du 21 septembre au campement du Baobab au pied de la colline du Léopard. Les pneus ont tenu bons sur les pistes. L’équipe et prête, le Kalahari est très calme et très sec, cette première nuit dans les Aha Hills sera silencieuse et reposante…

 

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Industrie lithique MSA aux abords du camp du Baobab (c) M. Jarry

L’objectif de la mission est de trouver une vieille grotte, un paléokarst, comme ceux d’Afrique du Sud et qui piègent des fossiles. Cependant, ici, il n’y a pas d’activité minière, comme à Sterkfontein, qui permet de les repérer et de les explorer. Il faut donc que l’équipe inspecte elle-même les versants, comme ici, où deux ans auparavant, l’équipe avait identifié un petit affleurement de calcite, cette roche qui qui se forme dans les grottes par cristallisation des minéraux dissous préalablement par l’eau dans les calcaires et qui forment par exemples stalactites et stalagmites.

Le lendemain, après avoir prospecté à nouveau les abords du Baobab, il faut s’enfoncer dans les collines, en traversant des secteurs que des incendies de brousse ont ravagés. D’abord par les habituelles improbables pistes qui permettent de circuler le long de la frontière avec le Bostwana, ensuite directement à travers la brousse, en veillant à ne pas crever un pneu, ce qui imposerait, comme l’année dernière et malgré les roues de secours, de faire demi-tour pour la changer. Un emplacement est choisi pour le camp, à seulement 30 minutes de marche du site cette cette fois-ci. S’enfoncer plus loin avec le véhicule ne serait pas raisonnable.

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L’endroit est « confortable », ou du moins agréable, une fois dégagé des branches agressives de quelques buissons et arbustes à épines. Les abeilles sont là aussi, en quête de la moindre humidité, L’équipe est maintenant à pied d’œuvre, loin de tout, pour attaquer la fouille du paléokarst.

MJARRY_09_2018 (158)En 5 jours, et beaucoup d’eau (environ 8 litres pas jour par personne), la surface exhumée du plaéokarst est doublée. Des sondages sont réalisés à distance pour rechercher les limites de la grottes. Celles-ci sont trouvées et les parois de la cavité sont maintenant bien identifiées.

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Relevé du secteur fouillé (c) L. Bruxelles

L’analyse des différentes composantes du paléokarst avance. L’imposant plancher stalagmitique mis au jour constitue la fin du remplissage, précédant une brèche (sorte de béton naturel) à cailloutis qui fin scelle la grotte jusqu’à la voûte.

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Armés de loupes, l’équipe y recherche, pour l’instant sans succès, des vestiges osseux. Il faudrait maintenant explorer sous le plancher stalagmitique d’autres éventuels cailloutis piégés depuis la surface et dans lesquels des ossements pourraient se cacher…

 

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Des prélèvements sont faits pour analyses, des coupes stratigraphiques sont relevées et un millier de clichés est pris pour construire un modèle 3D par stéréophotogrammétrie. À ce stade, l’équipe n’a pas encore identifié d’ossements, elle a cependant démontré que des paléokarsts, des grottes anciennes comparables aux sites fossilifères d’Afrique du Sud, existent bel et bien dans ce secteur de la Namibie… L’exploration est encourageante.

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carte Otavi 2018 09Le 27 septembre, l’équipe reprend la piste vers Grootefontein, alors que les stocks d’eau commencaient à se réduire. Il fallait donc refaire le plein dans cette petite ville et profiter des jours qui restent pour revenir dans les montagnes d’Otavi, et plus précisément dans le domaine d’Harasib, afin de pouvoir explorer l’immense effondrement repéré l’année passée mais qu’une bande de babouins n’avait pas laissé approcher… Si les recherches dans les Aha Hills sont prometteuses, cette région rassemble déjà un fort potentiel paléontologique révélé notamment par les travaux de Martin Pickford et de Brigitte Senut.

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Campement dans le secteur d’Harasib (c) F. Duranthon

Ainsi, le 28 septembre, l’équipe établit son campement au cœur des Montagnes d’Otavi. L’ascension de la colline au sommet de laquelle se trouve l’effondrement n’est pas difficile, et le paysage, une fois sur les rebords des escarpements de l’immense trou est fantastique. Parfaitement circulaire et de plus de 200 mètres de diamètre, il est bordé par des corniches parfois verticales de plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Cette fois-ci la voie est libre. Mis à part l’innombrables moucherons très « collants », les animaux semble avoir déserté la sécheresse.

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MJARRY_09_2018 (261)L’équipe descend par un des flancs les moins escarpés. L’exploration livre, des indices géomorphologiques expliquant la formation de cet effondrement, mais aussi est surtout une première brèche contenant de nombreux restes de microfaunes… Puis de l’autre côté un fragment de plancher stalagmitique… L’orage arrive, il faut partir, et en remontant le flanc nord l’équipe tombe sur une nouvelle brèche ossifère. Il faudra donc revenir !

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Arrivée sur le rebord du grand effondrement (c) M. Jarry

MJARRY_09_2018  (313).pngLa mission touche à sa fin, mais l’équipe repart avec de nouveaux éléments encourageants qui confirment l’intérêt de ces prospections et ouvrent de nouveaux projets d’explorations…

 


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Le grand effondrement circulaire de Nosib Farm (c) M. Jarry

Encore un grand merci de l’équipe à Nathalie et Alexander pour leur accueil toujours très très chaleureux dans leur guest house : le Londiningi à Windhoek ! Merci !

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L’équipe sur le paléokarst des Aha Hills. De gauche à droite : Grégory Dandurand, Marc Jarry, Laurent Bruxelles et Francis Duranthon (c) M. Jarry

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