Les templiers de Gimbrède

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L’historiographie sur le Temple est dense et ancienne puisque l’ordre lui-même développe carte gimbredeson propre discours historique dès l’époque médiévale. Le tournant scientifique du XIXe siècle redécouvre le Moyen Âge et voit la première publication de la règle du Temple par Henri de Curzon en 1886. Dans le Sud-Ouest, Antoine Dubourg chanoine, membre de la Société Archéologique du Midi de la France retrace en 1883 l’histoire des commanderies du Grand-Prieuré de Toulouse. Pour la première fois dans l’historiographie récente, la maison de Gimbrède y est présentée. Très rapidement après, en 1884, Denis de Thézan publie dans la Revue de Gascogne une monographie sur « La commanderie de Gimbrède ». Les recherches gersoises sur les templiers sont essentiellement le fait d’abbés, d’érudits locaux et de sociétés savantes. Dans leur grande majorité les articles ou les ouvrages monographiques sont diffusées dans la Revue de Gascogne ou la Société Archéologique du Gers. Cet élan de recherches sur les ordres militaires persiste au XXsiècle. La commanderie de Gimbrède fait l’objet d’un nouvel article par l’abbé Benaben dans le Bulletin de la Société Archéologique du Gers en 1920.

Dans le milieu des années 1980, l’historien Alain Demurger impulse une nouvelle dynamique à la recherche française. Il publie une histoire du Temple, mène des travaux complets et aboutis sur la milice ou les ordres militaires en général. Ces études forment la base de toute recherche sur le Temple. La fin du XXe siècle voit le développement important des études sur les ordres militaires. En 2005, la thèse de Damien Carraz : L’ordre du Temple dans la basse vallée du Rhône paraît aux presses universitaires de Lyon. Cet ouvrage est le symbole de cette nouvelle démarche mêlant histoire Golfechet archéologie dans lequel l’auteur redéfinit d’importantes notions et revient sur de nombreuses idées reçues sur l’ordre du Temple. Cet ouvrage est une référence. Au même moment, Pierre Vidal, chercheur de l’université de Toulouse publie plusieurs articles sur la commanderie de Golfech (chef-lieu de Gimbrède dès le XVIe siècle) et comme Antoine Dubourg en son temps, une importante synthèse sur le Grand-Prieuré de Toulouse à l’époque moderne. Le site de Gimbrède est plusieurs fois mentionné mais seulement pour la période de l’ordre de Malte.

La recherche archéologique sur les templiers n’est pas particulièrement ancienne. Elle se développe à partir des années 1970. Un article de Damien Carraz reprend d’ailleurs l’ensemble de la recherche de 1977 à 2007. Les fouilles sont essentiellement le fait de l’archéologie préventive, à l’exception de la thèse soutenu en 2013 par Yoan Mattalia à Toulouse, des recherches de l’université d’Aix-Marseille ou du projet collectif de recherche sur l’Hôtel des Chevaliers de la DRAC Midi-Pyrénées. Yoan Mattalia consacre son étude aux maisons templières et hospitalières des diocèses d’Albi, de Cahors et de Rodez. Ces travaux inscrivent le Sud-Ouest dans de nouvelles approches pluridisciplinaires. Ainsi il tente de définir les différents processus, modalités et étapes qui conduisent à la fondation des maisons templières et hospitalières. Si le Midi, entendons ici les régions PACA, Languedoc-Roussillon et le nord de Midi-Pyrénées, concentrent et cristallisent les recherches depuis plus d’une quinzaine d’années cela n’est pas le cas de l’ensemble de la Gascogne. Nos recherches menées dans le cadre du Master, permettre d’inclure cette zone géographique dans les nouvelles problématiques pluridisciplinaires.

Alain Demurger, dans sa conclusion du colloque de Fanjeaux en 2006, soulignait que le renouvellement des connaissances sur les ordres religieux militaires viendrait très probablement de l’archéologie (Cahiers de Fanjeaux 41). La prospection thématique sur la commanderie de Gimbrède s’inscrit dans cette perspective archéologique.

Contexte géologique et géomorphologique

Le village de Gimbrède est limitrophe du département du Lot-et-Garonne (commune d’Astaffort) et du Tarn-et-Garonne (commune de Sistels). Commune du canton de Miradoux, elle est située à l’extrémité nord du département du Gers. Du point de vue géologique, le site correspond à la description classique des couches géologiques du Gers et plus globalement du Bassin Aquitain.

Au cours du Tertiaire, le Bassin aquitain a fonctionné en fossé subsident (effondrement), en relation avec la surrection des Pyrénées. De fait, il a été comblé au fur et à mesure par les produits issus de l’érosion de ces nouveaux reliefs (Dubreuilh et al., 1995). Le remplissage de ce vaste bassin est assez complexe et comprend un grand nombre de faciès que l’on peut attribuer à la conjonction de trois phénomènes : la surrection saccadée des Pyrénées, la subsidence simultanée du Bassin aquitain et les modalités de la sédimentation, caractérisées par la divagation des cours d’eau surchargés de sédiments.

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Les dépôts s’organisent donc sous la forme d’une succession de cycles sédimentaires de un à plusieurs mètres d’épaisseur. Lorsqu’un cycle est complet, on observe une organisation des dépôts dite « positive », c’est à dire avec granoclassement décroissant qui correspond à la diminution progressive de la compétence des écoulements. La séquence type s’organise ainsi :

  • des sables grossiers, parfois indurés en grès par un ciment calcaire, pouvant être graveleux à la base ;
  • des sables ou des grès fins pris dans une matrice calcaréo-argileuse voire plus franchement argileuse ;
  • des sables très fins (pélites) pris dans une matrice argileuse ;
  • des argiles plus ou moins limoneuses souvent impures ;
  • des calcaires de quelques décimètres d’épaisseur en bancs plus ou moins continus ;
  • parfois, un horizon pédologique rubéfié ou foncé qui matérialise l’existence d’un paléosol et traduit donc une évolution à l’air libre.

Ce type de sédimentation se retrouve de manière homogène dans l’ensemble de la formation molassique. Cependant, dans le détail, on relève une grande variabilité dans l’organisation de ces dépôts où, bien souvent, ces cycles sédimentaires sont perturbés ou incomplets. Dans le secteur d’Auch, la molasse atteint près de 1000 mètres d’épaisseur (Crouzel et al., 1973). Elle se termine par des argiles à galets de la fin du Tertiaire qui n’affleurent plus que sous forme de lambeaux au somment des coteaux molassiques.géol 3D

Le site médiéval de Gimbrède est localisé sur le versant sud de la colline, à mi-pente et quelque peu surélevé. Il bénéficie d’un ensoleillement maximum tout au long de la journée. La petite mare et les nombreux ruisseaux autour du site montre la prégnance de l’eau, accentuée par la présence de la rivière de l’Auroue s’écoulant non loin du village. De plus son implantation à mi-pente, et non pas au sommet (Tuco), le protège des vents les plus forts.

Les terres agricoles avoisinantes, plus connues sous le nom de terreforts, sont les plus riches du département du Gers. La Lomagne bénéficie depuis longtemps de l’apport économique de ces sols argilo-calcaires favorables aux cultures céréalières. La commanderie se situe non loin de réseaux routiers et commerciaux allant soit de Lectoure à Cahors via Moissac, d’Auch à Agen par Lectoure soit de Bordeaux à Toulouse par Agen. Cela lui permet ainsi d’échanger et vendre les surplus agricoles et de participer au paiement de la responsion.

La commanderie est bordée par le chemin de pèlerinage venant du Puy-en-Velay pour Saint-Jacques-de-Compostelle. Il entre dans le département par la commanderie de Saint-Antoine-de-Pont-d’Arratz puis suit la direction de Lectoure.

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Ce site combine plusieurs éléments primordiaux à l’installation d’un établissement monastique : l’accès à l’eau, la protection du site, la présence des voies de communication et de commerces répondent à une réalité pratique et économique du potentiel du lieu.

Contexte archéologique et historique

Le contexte archéologique de la commune de Gimbrède est un quasi néant. Aucun site préhistorique, protohistorique ou antique n’a été repéré. La carte archéologique de la Gaule mentionne la découverte en 1897, d’un aureus de Posthume à 2,3 km au sud-ouest du centre du village. Les communes alentours comme Flamarens, Plieux Saint-Antoine ou Castet-Arrouy ont livré plusieurs villae ou nombreuses traces d’occupations antiques (tegulae, céramiques, sculptures,…).

Le contexte médiéval du canton est beaucoup plus foisonnant : des châteaux à Plieux, Sainte-Mère, Fieux ou Rouilhac sur la commune même de Gimbrède mais aussi une bastide à Miradoux, une commanderie des Antonins à Saint-Antoine et de nombreux villages médiévaux et églises romanes…

Pour autant, nous savons très peu de choses sur le village de Gimbrède avant le début du XVIsiècle au regard des sources anciennes. Un incendie survenu à l’extrême fin du XVe siècle (après 1495), brûle « tellement que ne se garda rien sauf les murailles en tout gastées ; les coffres dans lesquels estoient les documents et papiers de la religion, comme estoient les reconnaissances, lièves et autres seignements et actes et titres avec le demeurant, tout fut brulé tellement que ne demeura rien ».

Seuls quelques textes permettent de percevoir l’histoire médiévale du village et de la commanderie. L’existence de la maison templière est confirmée dans la seconde moitié du XIIe siècle (1161), grâce à un acte de la maison d’Argenteins. Le premier commandeur attesté Gaston de Castelmauron est témoin d’un acte passé à la maison agenaise. Les vicomtes de Lomagne seraient à l’origine de cette commanderie. Dans son article sur la commanderie de Gimbrède, l’abbée Benaben relate un conflit entre le nouveau seigneur de Lomagne et le commandeur Jean Sans de Ligardes (avant 1280) concernant la répartition des droits de justice à Gimbrède et à Rouilhac. Les informations apportées par les textes sur la topographie et l’architecture de la commanderie sont très restreintes. Le 3 octobre 1246, Gimbrède figure parmi les quatorze paroisses mises sous protection immédiate du Saint-Siège par le pape Innocent IV, sur les instances des frères et du commandeur de la milice du Temple, en Agenais. L’église de Gimbrède existait avant le milieu du XIIIe siècle. Dans les textes antérieurs à la fin du XVe siècle en plus de l’église, la commanderie et le village se composent d’une place et d’au moins deux rues publiques, de tavernes, d’un lieu de justice et des prisons ainsi que d’une maison du commandeur. La procuration du commandeur pour rendre hommage au comte d’Armagnac, en 1418, fait mention de plusieurs moulins appartenant à la commanderie.

Les rapports entre la commanderie et le village n’ont été que peu étudiés ? Il serait intéressant d’approfondir cette question du regroupement des populations et de réfléchir au rôle polarisant de ce site templier. Le texte de 1246 pose clairement la question de l’encadrement de la communauté paroissiale par l’ordre du Temple et donc son existence.

À partir du XVIe siècle, les sources se multiplient et les informations d’ordre architectural sont plus courantes. Nous disposons des visites générales et d’améliorrissement effectuées par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dès 1635. Le début du XVIe siècle est marqué par la reconstruction de la commanderie dévastée par l’incendie et les premières difficultés liées à la perte des actes. La maison est, de ce fait, rattachée à Golfech. Hormis « la salle », on trouvait une boucherie, des prisons municipales et sur la place de lieu une échelle qui menait aux carcès du commandeur. Un nouveau château est construit entre 1583 et 1617. Après l’incendie, les textes décrivent un village et une commanderie clôt par des remparts reliant deux portes. Les sources nous permettent d’appréhender le paysage proche de la commanderie de Gimbrède. À l’époque moderne, le membre de Gimbrède équivaut au 2/3 des revenus de son chef-lieu Golfech, grâce aux sols fertiles. Il possédait de nombreuses métairies et au moins quatre moulins à eau et à vent. Il comprenait plusieurs églises et chapelles : l’église de Rouilhac, la chapelle de Notre-Dame de Beauclair et de Saint-Pierre des Campagnes.

  • Les indices sur la topographie primitive

L’église : les textes anciens ainsi que l’étude de bâti menée en Master II ont parfaitement démontré que l’église Saint-Georges (vocable cher aux templiers) conserve des vestiges de la période romane notamment la nef.

La tour : la présence d’une tour est attestée par les sources en 1617. Le commandeur Pierre d’Esparbès de Lussan décrit « à costé (de l’église) est un bâtiment de pierre appelé la temple ou la tour fort hault ». « Cette grosse tour carrée dite des templiers, de neuf cannes de long et quatre de large jusqu’au cimetière d’une très grosse épaisseur de murailles situé devant la porte de l’église, basty de pierre » (ADHG : H Malte reg. 423 (1710). Cet édifice ne figure pas sur le cadastre de 1837, il a sans doute servi de carrière de pierres après la Révolution Française.

Le château/le presbytère/des bâtiments primitifs ? : si le « château » des sources modernes est parfaitement bien daté et localisé par les textes, ceux-ci nous indique aussi que l’ancien logis du commandeur se trouve anciennement à l’emplacement du presbytère, cédé par complaisance par les Hospitaliers au clergé de la communauté (ADHG : H Malte reg. 426 (1730). Hors en 1665, « la maison prébiralle dudit Gimbrède se situe du levant a ladite églize Saint-George couchant et midi aux foussez dudit lieu septentrion les maisons » (AD Gers, E suppl. 259, Compoix de Gimbrède, 1665).

Autres : prisons, mur de rempart, porche d’entrée… Les commandeurs disposent de prisons situées sur la place publique joignant le cimetière, au bout de l’église. Il s’agit d’une tour bastye de pierre appelé la Cotonère. Les liens physiques entre l’église, la prison et les murs du presbytère sont particulièrement difficiles à lire mais constituent un élément clef de compréhension de l’aménagement du site primitif. Nous pourrions mentionner aussi un mur de rempart aujourd’hui à l’intérieur, la tour-porche ou les parties en pierre du château comme autant de témoins de l’organisation de l’époque médiévale.

Ce rapide aperçu de la documentation en notre possession permet de dresser un bilan lacunaire sur la période du Temple et globalement jusqu’à la fin du XVe siècle. Quelques hypothèses sur la topographie et l’organisation de la maison templière de Gimbrède avaient été évoquées en conclusion du Master II.

Si la poursuite des recherches dans les archives et sur le terrain à partir des élévations apportera leur somme complémentaire d’informations sur l’histoire de la maison et du village, il semble indispensable de mener une activité archéologique parallèle afin d’évaluer le potentiel de certaines parcelles pour mieux comprendre la topographie monastique primitive.

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