HoN – décembre 2018

L’objectif de cette sixième mission Human origins in Namibia, seconde de l’année 2018, est de poursuivre les prospections dans la région du triangle Otavi-Grootfontein-Tsumeb, située à environ 400 km au nord de la capitale, Windhoek. La mission sera courte, essentiellement axée sur l’exploration souterraine.
carte dec 2019

LBRUXELLES_12_2018  (231).pngLe 6 décembre, après une escale à Johannesburg, l’équipe arrive à Windhoek en milieu de soirée. Dès le lendemain, après un léger ravitaillement, elle reprend la route. Direction : les Otavi Mountains où elle arrive en fin d’après-midi.

LBRUXELLES_12_2018  (32).pngLe camp de base sera un campsite entre Harasib et Ghaub Farms. Otavi et Grootfontein sont des villes relativement importantes qui permettent de se ravitailler régulièrement en eau potable et en nourriture. Les pistes sont ici larges et bien entretenues. C’est donc un isolement bien moins rude que dans les Aha Hills comme lors de la mission précédenteLBRUXELLES_12_2018  (119).jpg

GDANDURAND_12_2018   (131).pngCependant les paysages sont tout autant magnifiques. Il faut prospecter au milieu d’un ensemble de collines bien individualisées, aux pentes raides, séparées par de vastes dépressions kasrtiques à fond plat (des poljés).

GDANDURAND_12_2018   (5).pngSur ce territoire, l’avancée est cependant contrainte par le franchissement de nombreuses gates parfois closes, ces barrières qui marquent les limites de vastes exploitations agricoles. Rentrer sur ces domaines nécessite d’obtenir l’accord des propriétaires. Les rencontrer n’est pas la chose la plus facile car les propriétés sont vastes, très vastes, plusieurs dizaines de milliers d’hectares… rien que ça !

LBRUXELLES_12_2018 (228).jpgLBRUXELLES_12_2018 (44)Le 8 septembre, première cavité explorée. La grotte s’ouvre par un large porche effondré d’environ 15-20 m de hauteur qui domine une vaste dépression fermée, un pan, dans laquelle se sont accumulés plusieurs mètres de calcaires lacustres bien stratifiés. Ces formations racontent une autre histoire du paysage que celle des Aha Hills, à la frontière du Botswana. Il faut donc ici que l’équipe se refasse l’œil, réapprenne à lire les formes du paysage, continue à explorer de nouvelles grottes et poursuive l’observation minutieuse des roches à l’affleurement, à la recherche du moindre indice de brèche fossilifère… Car c’est bien toujours l’objectif des recherches !

LBruxelles 12_2018 XXX.pngSi cette grotte n’en contient malheureusement pas, ou plus, on y observe cependant un certain nombre d’indices de bio-corrosion, corrosion parfois importante des parois due à des phénomènes biologiques, ici l’activité et les déjections des chauve-souris, que l’équipe a déjà observé et publié dans la grotte Drotsky au Botswana.

SBRUXELLES 12_2018 XXXX.pngIl y a aussi des surfaces polies associées à la fréquentation de babouins. Les morphologies des parois et des voûtes nous font pressentir une évolution très particulière de ce karst, possiblement par des remontées d’eau profonde vers la surface. Le schéma de l’évolution géologique commence à se mettre en place… mais le puzzle est toujours très complexe à assembler.LBRUXELLES_12_2018  (92).pngLBRUXELLES_12_2018  (71).jpg

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Recherche de cavité par l’utilisation d’une caméra thermique haute résolution (c) L. Bruxelles

Les jours suivants sont consacrés à des prospections dans l’immense domaine de Harasib Farm, hébergés par les propriétaires très chaleureux. L’équipe avance pas-à-pas dans la compréhension de ce paysage karstique. Les cavités, dont certaines permettent d’atteindre le toit de la nappe aquifère, ainsi que les galeries d’anciennes mines sont systématiquement visitées, préalablement repérées par un travail de photointerprétation sur les images satellites. Des brèches sédimentaires sont repérées dans certaines d’entre elles, mais l’analyse de leur mode de formation impose la conclusion suivante à l’équipe : ce type de brèche n’est pas vraiment celle recherchée… elle ne contient pas d’os !

GDANDURAND_12_2018   (88).pngDu temps est également consacré à la visite de deux cénotes, profonds gouffres remplis d’eau, à proximité de Tsumeb : Otjikoto et Guinas. Il s’agit de deux lacs, distants de 30 km, ceinturés de corniches rocheuses circulaires de 15-20 m de haut et d’une centaine de mètres de diamètre, formés par l’effondrement de la voûte d’une ancienne salle souterraine.

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Le fond de ces lacs n’a pas encore été atteint, le premier a été plongé jusqu’à 50 m, le second à plus de 130 m de profondeur. Ces formes spectaculaires témoignent d’un paysage karstique ancien, très développé et encore actif. L’équipe explore le second (t° 28-30°C), à la recherche de passages, conduits ou indices de brèches ! Toutes ces observations mises bout-à-bout et permettent de bien comprendre l’origine, le fonctionnement et l’évolution de ce karst, qui a tout le potentiel pour avoir piégé et conservé de l’érosion des fossiles anciens. Elles rappellent d’ailluers les grandes dépressions circulaires découvertes l’année précédente, sèches celles-là, dans lesquelles des ossements avaient été trouvés.

LBRUXELLES_12_2018 (22)Le mercredi 12 décembre est consacré à l’exploration de la grotte de Dragon’s Breath… bien plus qu’un simple nom, une promesse ! Celle de descendre et d’atteindre le plus grand lac souterrain au monde ! 2 hectares d’étendue d’eau à environ 100 m de profondeur depuis la surface. La grotte, imperceptible dans le paysage, s’ouvre dans un chaos de blocs dolomitiques acérés et lapiazés. 

LBrux capture 01Après 2 heures de descente pour se frayer un chemin dans les conduits étroits avec un canot pneumatique oh combien fragile, l’équipe débouche enfin 15 m au-dessus du lac ! Agglutinés sur ce canot sommaire et instable, elle traverse le lac pour accoster sur une berge à l’opposé du puits d’accès. Puis elle l’explore à la nage (t° de l’eau 24-25°C), à la recherche de brèches, toujours et encore ! Hormis des cadavres de chauve-souris flottants l’exploration reste infructueuse… L’existence de ces immenses volumes souterrains montre que des sites majeurs peuvent exister ici, pour peu qu’une communication directe avec la surface existe. Ce sera le cas dans quelques millions d’années pour Dragon’s Breath mais combien d’autres cavités ont déjà évolué dans ce sens ? D’ailleurs, nous sommes là dans le type de grande salle qui a abouti à la formation des cénotes namibiennes ou des grandes dépressions circulaires d’Harasib, après effondrement de la voûte.

Passer sur les vignettes pour voir les légendes ou cliquer dessus pour visionner les photographies en diaporama :

Le 13 décembre l’équipe décide de se rendre sur le site de Jägersquelle, qui avec Harasib, Aigamas, Nosib, Rietfontein, Friesenberg, Asis Ost, Kombat et Berg Aukas ont livré un grand nombre de fossiles de micro- et macro-faune, dont Otavipithecus namibiensis, daté à 12 millions d’années. Jägersquelle, étudié par Martin Pickford et Brigitte Senut, a livré une grande quantité de fossiles (léopards, babouins – parapapio, bovidés et microfaune) attribués au Plio-Quaternaire.

SBRUXELLES_12_2018 (196)La prospection permet de reconnaître et de mettre au jour une mandibule de cercopithèque, petit singe africain, ainsi qu’une grande dent de Megantereon (Smilodon ou tigre à dents de sabre) encore prisonnier de leur ciment bréchique, quel choc ! Les premières observations montrent qu’il s’agit bien d’une brèche piégée dans une paléo-cavité, totalement décapitée.

LBRUXELLES_12_2018  (247).pngOn reconnaît au sol des coulées de calcite de grotte et des stalagmites, à l’instar de ce que l’équipe a mis au jour dans les Aha Hills (cf. mission septembre 2018). Cette brèche affleure sur une surface ovalaire d’environ 40-50 m2. Un autre affleurement de brèches est également identifié à une distance de 200 m environ… Jägersquelle est donc bien un site majeur, sur lequel il faudra s’attarder davantage, afin de comprendre le lien entre brèche fossilifère, grottes et calcite.

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L’accès difficile en véhicule de l’aven d’Arasib 3a (c) Stéphane Bruxelles

Pour le dernier jour de prospection sur le terrain, l’équipe décide d’explorer l’aven d’Harasib 3a, sorte de tube circulaire de 30 m de diamètre, qui s’ouvre au sommet d’une colline dominant d’environ 150 m la plaine. Au fond du gouffre (~ 20 m de profondeur) sont identifiés trois types de brèche rouge en placage sur les parois, dont une seule est très fossilifère. L’observation des états de parois révèle une altération intense de l’encaissant dont les blocs roulés se retrouvent emballés dans une des brèches en pied de paroi. La relation entre l’altération des parois, les brèches à blocs émoussés et les brèches fossilifères s’éclaircit peu à peu… l’équipe commence à avoir une idée du fonctionnement de ces avens-pièges et de leur relation avec l’évolution du paysage environnant.

La mission se termine par une rencontre inattendue avec les propriétaires de Rietfontein, autre grande exploitation agricole, qui connaissent parfaitement la région. Les contacts et les rendez-vous sont pris pour l’année suivante !

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Prochaine mission en septembre 2019. Suivez l’équipe en direct sur les réseaux sociaux (FacebookInstagram, ou Twitter), ils enverront des nouvelles à chaque fois qu’il y aura une connexion !

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Encore un grand merci de l’équipe à Nathalie et Alexander pour leur accueil toujours très très chaleureux dans leur guest house : le Londiningi à Windhoek ! Merci !

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Remerciement à Sarel Lacante et Leonie Pretorius, propriétaires d’Harasib Farm qui ont accueillis et hébergés l’équipe sur leur terrain.

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L’équipe recto-verso devant un des cénotes de Tsumeb. De gauche à droite : Laurent Bruxelles, Stéphane Bruxelles, Grégory Dandurand et Dominic Stratford (c) G. Dandurand

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