Cirque de Troumouse, Gèdre (65)

Les études paléoenvironnementales et les campagnes de sondages archéologiques menées dans le Cirque de Troumouse permettent d’attester d’une pression anthropique sur le milieu depuis les débuts du Néolithique. Le site de la Haille de Pout-Badette est découvert en 2015 lors de prospections-sondages menées par Thomas Perrin et son équipe (programme PRIMAP). Il se situe sur la commune de Gèdre (Hautes-Pyrénées), au lieu-dit Haille de Pout, sur un replat en bordure d’un ravin à ~2050 m NGF. Le sondage sur un amoncellement empierré a permis la découverte d’une structure en pierres sèches effondrée et de céramiques écrasées du début de l’âge du Bronze (2200-1900 av. J.-C.) au contact d’un niveau rubéfié. Si des occupations de plein-air de l’âge du Bronze sont repérées à cette altitude dans d’autres secteurs des Pyrénées, peu ont été fouillées. La conservation des niveaux archéologiques du site est exceptionnelle. La fouille de cet empierrement vise à caractériser la nature de l’occupation et à enrichir un contexte chrono-culturel peu documenté. L’hypothèse d’une fonction funéraire du site est, pour l’instant, privilégiée.

carte TroumouseLe cadre

Le site de la Haille de Pout-Badette est découvert en octobre 2015 lors de sondages effectués par Thomas Perrin dans le cadre du programme PRIMAP : Premiers impacts anthropiques dans les Pyrénées centrales. Le gisement se situe à 2000 mètres d’altitude en bord de vallée surplombant la rive gauche du gave des Touyères qui prend sa source dans le Cirque de Troumouse. Cette vallée est par ailleurs connue pour d’anciennes mines de cuivre argentifère et à chalcopyrites en activité au début du 19e siècle, dans un district minier essentiellement dominé par le plomb argentifère.

Le sondage n° 65 (2 m/50 cm environ) a été pratiqué sur un replat en bordure de zone humide où affleuraient plusieurs pierres de 20 à 50 cm peu organisées et délimitant une zone ovalaire d’environ 8 mètres sur 6 mètres. Le sondage a permis de mettre en évidence un muret endommagé construit en pierre sèche. Du côté interne de celui-ci ont été découvertes plusieurs céramiques écrasées en place au contact d’un niveau rubéfié. Celles-ci peuvent se rapporter au Bronze ancien et sont documentées par 4 aux profils restituables. La taille du sondage ne permet pas de déterminer avec certitude la nature du gisement.

Le programme PRIMAP a été motivé suite aux analyses environnementales menées par Didier Galop dans les Pyrénées centrales et particulièrement dans les tourbières aux abords du Cirque de Troumouse qui permettent de documenter l’évolution du milieu et les impacts anthropiques sur la longue durée. Les indices polliniques Pré-Néolithique ancien marquant déjà des indices d’ouverture du milieu et de stabulation de troupeaux ont en grande partie poussés à des vérifications archéologiques de terrain. Par ailleurs, les données environnementales montrent des variations dans les processus d’anthropisation et d’occupation du milieu tout au long du Néolithique et une pression humaine s’intensifiant à la transition avec l’âge du Bronze. Des analyses palynologiques par carottages attestent de déboisements et d’exploitations agro-pastorales documentés dès le Chalcolithique sur l’ensemble du territoire pyrénéen, dans deux phases majeures de pressions sur le milieu montagnard au début et à la fin de l’âge du Bronze. L’augmentation des données polliniques et des datations plus précises permettent de documenter les milieux à différentes altitudes et dans plusieurs vallées pyrénéennes et enrichissent cette constatation globale (Carozza et al., 2005).

Pour l’ouest pyrénéen, des variations dans les pratiques agropastorales sont attestées au cours de l’âge du Bronze. L’exploitation du milieu passe de pratiques agro-forestières à l’âge du Bronze ancien, à des pratiques plus pastorales au cours du Bronze moyen. Le Bronze final marque un retour à des pratiques agricoles puis à une extension des déforestations. La précision accrues des analyses palynologiques permet également d’intégrer des variations locales au cours du temps et témoigne de la complexité de l’exploitation du milieu montagnard. À cela s’ajoute des traces d’exploitations minières et d’activités métallurgiques dès le Chalcolithique, identifiées dans la montagne Basque, par la reconnaissance d’isotope du plomb dans les carottages paléoenvironnementaux (Galop, 2001) et dans la vallée d’Aspe par la mine de Causiat à Urbos.

Les objectifs 

Pour le Cirque de Troumouse, les études environnementales en cours de réalisation sur les carottages des tourbières environnantes attestent d’une phase de pression importante de l’homme sur le milieu entre le Néolithique final et le Bronze ancien, à une altitude variant de 1800 m. pour les vallées, à 2100 m. pour les plateaux. Les variations climatiques et le contexte environnemental direct sont donc en mesure d’être connus et datés, montrant déjà une anthropisation importante de cette zone d’altitude, mais les indices archéologiques et la nature des occupations humaines durant le Néolithique et la Protohistoire sont peu documentés pour ces zones montagnardes et pour les vallées attenantes. Du point de vue archéologique, la culture matérielle et les interprétations de sphères d’affinités culturelles peuvent être renseignées à partir du Bronze moyen pour le versant nord des Pyrénées ; le Bronze ancien à proprement parler étant connu le plus souvent à partir de travaux anciens au contexte peu assuré pour les Pyrénées centrales (Rouquerol 2004). De plus, ce sont les ensembles à vocation funéraire qui documentent le paysage protohistorique de la montagne pyrénéenne, laissant pour compte tout un pan de la recherche archéologique concernant les stratégies d’occupation du sol et son implication dans l’organisation sociétale. Pour les Hautes-Pyrénées, les sites de l’âge du Bronze ancien-moyen sont essentiellement documentés par des grottes ou abris sépulcraux (Gourgue d’Asque, Clot et al. 1978 ; Artigaou à Esparros, Omnès 1980 ; Fréchet-Aure Peyrère 3, Le Guillou 2000 …) et une sépulture multiple en coffre pour le Bronze moyen (Aragnouet, Giraud et al. 1985). Par contre, les indices et données concernant l’habitat de vallée ou d’altitude sont peu connus hormis les attestations environnementales de pressions anthropiques. Pourtant, les travaux menés sur les estives de la vallée d’Aspe et de Cerdagne ont permis de témoigner d’occupations protohistoriques d’altitude (Rendu et al. 2006, 2003). Plusieurs sondages sur la montagne d’Anéou ont identifié des habitats d’altitude de l’âge du Bronze (entre 1700 et 2000 mètres) et une fouille concernant la fin de la période a pu être menée sur la cabane 88 de la montagne d’Enveigt en Cerdagne (Rendu, 2010). Ces occupations sont matérialisées par des bases de mur de pierre sèche, servant de support à l’édification de parois en matières périssables ; le mobilier associé y est indigent et l’occupation est considérée comme une halte saisonnière en lien avec l’activité-agropastorale d’altitude. Le projet de fouille proposé vise en premier lieux à caractériser l’occupation par une fouille sur l’espace empierré. Les formes peu régulières des aménagements de pierres visibles en surface, leur aspect regroupé et les variations importantes de leur calibre, ne vont pas dans le sens d’une occupation funéraire de type cercle de pierre ou tumulus. La taille de la zone empierrée (8/6 mètres environ) et la dispersion ovalaires peut par contre correspondre aux cabanes d’altitude sondées sur la montagne d’Anéou entre la vallée d’Aspe et d’Ossau (Pyrénées-Atlantiques) ; Cabane 450 du Bronze moyen (5/3m) ; St. 8 du Bronze final (7/6 m), St. 9 du début du Bronze final (5/4).

La méthodologie

Au cours de l’année 2016, des enquêtes documentaires sur le contexte environnemental et sur les données non publiées en collaboration avec le service Régional de l’archéologie devront au préalable être menées, afin d’établir un cadre plus précis des travaux effectués sur la protohistoire régionale. Les travaux de terrain sont prévus pour septembre 2016 pour une durée de 4 semaines. L’étude du matériel céramique issu du sondage Perrin n° 65 montre de nombreux remontages entre les fragments de céramiques écrasées, indiquant un niveau archéologique organisé et bien conservé. De plus, le sondage nous apprend qu’il n’apparait pas de réoccupations dans les niveaux supérieurs, ce qui permettra de mettre au jour rapidement l’architecture de la structure et ses éventuels réaménagements (0 à 20 cm sous le couvert végétal), puis directement le niveau d’occupation d’où sont issues les céramiques écrasées (-10 cm). Une fouille extensive (carroyée avec enregistrements en 3 dimensions des vestiges, relevés photogrammétriques…) sur la taille des empierrements visibles en surface (8m/6m soit 48 m²) est envisagée afin de réunir les informations sur la dispersion et l’organisation spatiale des aménagements de pierre sèche et du mobilier. Une extension réalisée par une tranchée à l’extérieur des structures empierrées (10 m²) pourra permettre de déceler d’éventuelles traces d’activités en dehors de la zone aménagée. La proximité d’un ruisseau permettra un tamisage à l’eau des sédiments directement sur le lieu de fouille. Les restes végétaux carbonisés présents dans une zone rubéfiée pourront ainsi être récupérés. Des prélèvements sédimentaires permettront d’apporter des données environnementales complémentaires en lien avec un lieu anthropisé. En fonction du nombre de participants bénévoles et du temps disponible, des prospections pédestres dans l’environnement direct seront envisagées en complément des travaux de Thomas Perrin, pour tenter d’identifier des structures empierrées similaires et d’enregistrer leur position par un GPS de randonnée. Enfin, du temps devra être alloué au rebouchage des explorations et à la remise en place du couvert végétal à la demande du Parc National des Pyrénées.

Les résultats attendus

Ce projet de fouilles, dans la continuité du programme PRIMAP, vise donc à documenter et à préciser la nature d’une occupation du début de l’Age du Bronze. Ceci permettra de proposer des modèles interprétatifs lorsque des structures similaires seront identifiées au cours de ce programme de prospections et de sondages et de poser ainsi des jalons pour l’étude de l’occupation du sol des Hautes-Pyrénées. L’apport des carottages menés à proximité permet de placer cette occupation dans son milieu environnemental direct. Il pourra être complété par les prélèvements opérés lors de la fouille et ainsi documenter les espèces exploitées lors d’études anthracologiques et carpologiques possibles. Ce projet de fouille permettra de caractériser matériellement les implantations humaines afin de compléter les études environnementales. Si celles-ci nous indique clairement quels impacts humains les milieux enregistrent (pollutions, nature des expansions ou des régressions), les travaux archéologiques peuvent alors renseigner sur les moyens mis en œuvre et aborder l’organisation physique de ces sociétés protohistoriques. La quantité et la qualité de conservation du matériel céramique découvert est exceptionnelle pour des installations aussi bien funéraires que domestiques dans ce milieu montagnard. L’extension de la fouille sur cette occupation peut faire office d’ensemble clos et pourra dès lors permettre la mise au jour d’une série de référence faisant encore défaut pour les débuts de l’âge du Bronze. L’étude des différents vestiges permettra de proposer une interprétation fonctionnelle du site et documentera les dynamiques culturelles. En effet, quels sont les buts d’une estive au début de la période protohistorique, la pression anthropique étant moins forte qu’aux temps historiques et les cheptels plus restreints ? L’implantation du site aux abords d’un district minier peut-elle également concourir à la gestion de ce territoire ?

Équipe de recherches

Guillaume Saint-Sever, responsable d’opération

Isabelle Carrère, archéozoologie

Frédérique Durand, carpologie

Maxime Remicourt, industrie lithique

Céline Rousseau, archéo-anthropologie

Didier Galop, coordination paléoenvironement

Philippe Boissinot, historiographie-contextualisation

Bibliographie

Carozza L., Galop D., Marembert F., et Monna F., 2005 : « Quel statut pour les espaces de montagne durant l’âge du Bronze ? Regards croisés sur les approches société-environnement dans les Pyrénées occidentales », Documents d’Archéologie méridionale, 28, p.723.

Galop D., Tual M., Monna F., Domink J., Beyrie A., et Marembert F., 2001 : Cinq millénaires de métallurgie en montagne basque. Les apports d’une démarche intégrée alliant palynologie et géochimie isotopique du plomb, Sud-Ouest européen, n°11, 315.

Rendu C. 2003 : La Montagne d’Enveig, une estive pyrénéenne dans la longue durée, Canet, Trabucaire, 606 p.

Rendu C et al. 2010 : Etagement, saisonnalité et exploitation des ressources agro-pastorales en montagne à l’âge du bronze. Une possible « ferme d’altitude » à Enveig (Pyrénées-Orientales), Bulletin de l’APPRAB, n° 10, p.58.

Rouquerol N., 2004 : Du Néolithique à l’Age du bronze dans les Pyrénées centrales françaises, Archive d’Ecologie Préhistorique, n° 14 , 190 p.

OHMPNPDRAC

logo TRACES 400 DPICNRSlogo jean jaurès 400 DPI

flèche retour pages précédente

Publicités